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La La Land

Dimanche soir, je suis allée au cinéma. C'est déjà assez miraculeux pour être signalé sachant que depuis que j'ai une Mini-Moi, il est évidemment plus difficile de prévoir une telle sortie. Heureusement, depuis maintenant un an, ma mère habite tout près de chez moi et joue régulièrement la baby-sitter pour mon plus grand soulagement.

Comme cela faisait des années que je n'avais pas mis les pieds dans un cinéma, j'avais intérêt à bien choisir mon film...Il faut savoir que je suis plus difficile que la moyenne au cinéma. Je n'aime quasiment rien, et pire, les plus grands succès sont souvent les films que j'ai le plus de mal à aimer. Je n'ai toujours pas réussi à aimer "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain", sans doute à cause d'Audrey Tautou qui m'insupporte au plus haut point dans tous ses films. On m'avait vanté "Intouchables" et j'avais à peine ri (pourtant j'ai de l'humour mes chers amis, pas vrai ?). On m'avait fait croire que "The Artist" était génial, mais je suis passée totalement à côté et je n'arrive toujours pas à voir en Jean Dujardin autre chose que Brice de Nice...Bon ok, j'exagère, et surtout je m'éloigne du sujet initial. Je ne vais quand même pas passer la soirée à vous faire la liste de tous les films qui m'ont laissée indifférente...on serait encore là dans dix jours...Bref !

Je vous disais donc qu'après des années sans aller au cinéma (je vous rassure, je regarde des films en DVD, je ne vis pas dans une grotte !), il fallait que le film de mon retour dans une salle obscure soit exceptionnel. J'ai choisi d'aller voir "La La Land". "La La Land" cumule tous les dangers pour moi : il est encensé par la critique, et surtout il est nominé aux Oscars dans plein de catégories...Vais-je passer à côté comme je suis passée à côté de "The Artist" ? Je ne l'espère pas.

[La suite de ce post contient des détails sur le film. Ne le lisez pas si vous comptez aller le voir prochainement.]

La lumière s'éteint dans la salle. Le film commence par une scène où d'innombrables voitures sont coincées dans les bouchons. Soudain, une femme sort de sa voiture et se met à chanter. Tout un tas de gens sortent de leurs voitures pour danser et chanter avec elle. La chanson "Another day of sun" est entraînante, une énergie débordante nous attire...C'est un début de film assez hallucinant. On a bien compris à quoi s'attendre : ça va chanter, danser, et tout ça pendant plus de deux heures. Si vous n'êtes pas adeptes de comédies musicales, vous pouvez passer votre chemin et quitter la salle tout de suite, car vous en avez pour deux longues heures ! Moi, j'adore, et je sens déjà que je vais apprécier le film ! J'ai rarement vu un film dont les premières minutes sont aussi captivantes. Les deux personnages principaux du film vont bientôt se rencontrer pour la première fois. Elle, c'est Mia (Emma Stone), une jolie rousse qui veut devenir actrice, comme des centaines de jeunes femmes à Los Angeles. Lui, c'est Sebastian (Ryan Gosling), un pianiste passionné de jazz qui voudrait arrêter de jouer dans des bars minables pour avoir son club à lui et jouer de la vraie musique. Elle n'avance pas assez vite à son goût dans les bouchons, il klaxonne, et elle lui fait un doigt d'honneur. Cela commence bien entre eux...

La deuxième rencontre n'est pas franchement mieux. Mia rentre dans un restaurant où joue un pianiste...Sebastian évidemment. Il n'a pas respecté les consignes données par son patron qui souhaite qu'il ne joue que des morceaux de musiques de Noël. Il se fait virer. Elle essaie d'aller le voir pour le féliciter de son jeu, mais il l'ignore et la bouscule même sans ménagement. Et hop, deuxième rencontre foireuse...

Enfin, lors de la troisième rencontre, ils vont enfin se parler mais ce n'est pas encore l'amour fou, hein, ça a beau être un film, ils ne vont pas tomber dans les bras l'un de l'autre comme ça. Ils papotent et elle lui fait remarquer : "C'est curieux qu'on se croise constamment comme ça" . Il lui répond : "C'est peut-être un signe ?". Elle le remet en place en répondant non...Par contre, on a quand même droit à un beau numéro de claquettes qui n'est pas sans rappeler les comédies musicales de l'âge d'or du cinéma américain et à une chansonnette où Sebastian dit à Mia "you're not the type for me". Sympa le mec...Je sais pas ce qu'il cherche comme nana, mais si cette fille canon ne lui convient pas, il doit vraiment avoir un souci ou être homosexuel refoulé. En tout cas, on notera quand même que c'est bien mal engagé entre eux. On se demande bien comment le réalisateur va les faire tomber amoureux.

Lors de leur quatrième rencontre, ouf, ils vont enfin se découvrir (il était temps), et découvrir leurs passions respectives. Il y a enfin cette petite "étincelle" entre eux, ce moment où la personne qu'on ne voyait pas devient tout à coup la seule que l'on peut distinguer à travers une foule. Vous voyez le genre ? Non ? Bon, laissez tomber, ce film n'est pas fait pour vous !

Maintenant que les personnages ont dépassé le stade de "tu es une tête à claques et tu ne m'intéresses pas", Sebastian invite Mia à aller voir "la Fureur de vivre" (très cliché la référence à James Dean mais bon...). Le rendez-vous est pris. Mais Mia a oublié qu'elle a déjà un rendez-vous avec son petit ami du moment. Elle laisse donc le pauvre Sebastian en plan ! Au restaurant avec son petit ami, elle s'ennuie à mourir. Et là, Carl Jung fait des merveilles. Pourquoi je vous parle de Carl Jung ? Parce que c'est lui qui a parlé du concept de synchronicité. Vous savez, les coïncidences porteuses de sens pour celui qui les vit. Alors que Mia s'ennuie, une musique passe au restaurant, la musique qu'elle a entendue quand Sebastian jouait lors de leur deuxième rencontre. Le regard de Mia s'illumine. Cette musique, ce sera sa synchronicité à elle. Elle quitte le restaurant en courant aussi vite que ses talons peuvent le lui permettre, et elle va retrouver Sebastian. Vous savez quoi, cette scène, elle me parle. On dirait que pour que l'amour ait de la valeur, il faut qu'il soit chargé de toutes ces heureuses coïncidences, toutes ces choses qui créent la mythologie d'un couple. "Je passais par là tous les jours, on aurait pu se croiser mille fois et il a fallu attendre x jours, mois, années pour que notre rencontre ait enfin lieu". Il faut qu'il y ait cette sorte de magie, ce "destin" pour que l'on se mette à croire en une histoire d'amour. On y croit parce que c'était notre destin de tomber sur cette personne. Il y a une très belle phrase dans "l'Alchimiste" de Paulo Coelho qui résume bien ce que j'essaie de vous dire : "Je t'aime parce que tout l'Univers a conspiré à me faire arriver jusqu'à toi." Et on se rend compte surtout qu'on oublie rapidement tous les signes négatifs du début (les trois premières rencontres désastreuses et surtout le fait qu'ils ne veuillent justement pas voir un "signe" dans ces premières rencontres pourtant répétées), pour se concentrer uniquement sur les choses qui laissent penser que c'est bien le destin qui nous réunit. On ne voit que ce qu'on veut bien voir finalement. On a tellement envie de croire que l'amour est là, tout proche !

A partir de là, c'est sûr, ces deux-là vont être ensemble. Ils vont chanter, danser, ensemble, parce qu'à deux, c'est mieux que seuls. Ils vont essayer de poursuivre leurs rêves : devenir actrice pour elle, ouvrir son club de jazz pour lui. La magie et la gaieté communicative du début du film laissent place à une certaine mélancolie, une réflexion plus "lourde". Tout d'abord, on se rend compte que concrétiser ses rêves, c'est loin d'être simple, et souvent, on doit se contenter d'un boulot alimentaire bien éloigné de nos désirs profonds (cela me parle malheureusement bien trop en ce moment !). On se rend compte aussi que les illusions du début d'une relation amoureuse laissent rapidement place à la réalité qui n'est pas toujours rose : la difficulté de concilier ses rêves, son travail et une relation durable, l'éloignement qui s'installe peu à peu dans un couple quand les chemins personnels se mettent à diverger. Sebastian a peu à peu abandonné son rêve d'ouvrir son club, il gagne bien sa vie en faisant partie d'un groupe qui rencontre un certain succès. Les tournées l'éloignent peu à peu de Mia, qui n'arrive plus à croire en son talent d'actrice et finit par décider de retourner vivre dans sa province natale.

Alors que Mia est repartie en province, Sebastian reçoit un appel d'une directrice de casting qui a repéré Mia et souhaite lui faire passer un casting. Il ira la chercher en province pour la convaincre de passer l'audition. Elle refuse puis finit par céder. Il l'accompagne à l'audition, persuadé qu'elle va avoir le rôle, alors qu'elle doute vraiment d'avoir réussi à convaincre. Après l'audition, ils font le point sur leur relation. Si Mia est prise, elle devra passer plusieurs mois à Paris. Ils se disent qu'ils s'aimeront toujours, et qu'ils attendront de voir ce que l'avenir leur réserve. On les connaît tous ces promesses d'amour éternel, non ? Vous savez, les adieux déchirants qu'on se fait en sachant très bien que notre relation risque de ne pas résister à l'épreuve à venir. On se doute bien que leur relation ne résistera pas à l'éloignement géographique...Et finalement, on se dit que c'est Sebastian lui-même qui a tout fait pour que Mia passe ce casting. C'est lui qui sacrifie leur amour pour qu'elle vive son rêve. C'est d'ailleurs peut-être ça le véritable amour : faire passer le bonheur de l'autre avant le sien, quitte à ne plus être ensemble pour que les deux puissent continuer à s'épanouir.

Le film nous plonge ensuite 5 ans plus tard...Mia est devenu une star de cinéma. Elle est mariée, avec un autre que Sebastian, et a même un enfant. Sebastian, quant à lui, a enfin ouvert son club de jazz. Ils ont chacun réalisé leurs rêves, séparément. C'est donc un demi happy-end, qui montre que oui, on peut réaliser ses rêves mais en sacrifiant d'autres rêves. La fin du film est sublimement réalisée. Mia et son mari vont dans un club de jazz pour prendre un verre. Mia découvre avec étonnement que c'est Sebastian le propriétaire. Il l'aperçoit dans la salle. Il joue leur morceau. Mia reste clouée sur place, sous le choc. Les minutes suivantes nous montrent la vie qu'auraient eu Sebastian et Mia s'ils étaient restés ensemble...puis on revient à la réalité. Sebastian a fini de jouer, il regarde Mia. Ils échangent un sourire. On ressort de là totalement lessivé. On a tous connu ces sensations étranges quand on revoit plusieurs mois ou années après quelqu'un qui a compté pour nous et avec qui nous ne sommes plus. Les souvenirs refont surface, mais la personne est comme devenue étrangère pour nous, comme si la relation était si lointaine qu'elle n'avait finalement jamais existé. Parfois, on regrette aussi de ne plus faire partie de la vie de l'autre. J'imagine que c'est un peu tous ces sentiments contradictoires qui se cachent derrière leur dernier sourire. C'est bouleversant et intense. Une fin de film parfaite comme tout le reste du film !

Bon, maintenant que je vous ai un peu raconté le film, je vais vous donner toutes les bonnes raisons de ne pas aller le voir, et toutes les raisons encore meilleures d'aller le voir !!!

Pourquoi vous ne devez surtout pas aller voir La La Land ?

- vous détestez les comédies musicales, vous n'aimez pas les numéros de claquettes.

- vous n'avez pas envie que John Legend vous donne une leçon sur ce qu'est ou devrait être le jazz...Il est quand même bien mal placé pour ça, non ?

- vous n'avez pas envie de prendre en pleine face la vacuité de votre existence, de votre boulot, de votre vie de couple, vous voulez encore vivre dans l'illusion que tout va pour le mieux dans le meilleur de mondes dans votre pauvre vie où les rêves ont laissé place à la routine.

- vous n'avez pas envie d'avoir la musique de la chanson "Another Day of Sun" dans la tête pour les six prochains mois.

- vous n'aimez pas les histoires d'amour et vous ne croyez pas à ce que raconte Carl Jung.

- il n'y a aucune scène de sexe dans tout le film. Le réalisateur a réussi à tenir deux heures en ne montrant qu'un amour pur. Les moments les plus intenses seront des frôlements de mains et des baisers hollywodiens. On ne voit pas les seins et les fesses d'Emma Stone, à quoi bon aller voir ce film ???

- pour les hommes : vous ne voulez pas vous sentir inférieur au dieu vivant qu'est Ryan Gosling. Il est acteur, chanteur, danseur, joueur de piano. Vous pouvez vous consoler en espérant qu'il en ait une toute petite, mais vu son talent incroyable, je n'ose l'envisager ! Si ce mec fait la vaisselle, je l'épouse ! (note importante : si un lave-vaisselle est capable de chanter et danser comme Ryan Gosling, je l'épouse !)

- pour les femmes : non, vous ne ressemblez pas à Emma Stone. Et surtout, n'essayez pas d'acheter une robe jaune pour cet été. Le jaune ne va a personne, sauf à elle, surtout quand c'est porté avec des chaussures bleu pétrole et avec un sac rouge.

- le film risque de vous donner envie d'apprendre à jouer du piano, ou pire, de faire des claquettes. Dans la vraie vie, il est très peu probable que vous réussissiez à avoir le niveau de Ryan Gosling ou Emma Stone en un temps fini.

- le film a tous les défauts de ses qualités. Il a clairement été formaté pour être nominé aux Oscars, avec tout ce qui plaît aux américains : les références aux grands classiques du cinéma hollywoodien, les acteurs incroyablement polyvalents (vous en connaissez vous des chanteurs qui sont acteurs et inversement en France ? Attention, Patrick Bruel, ça ne compte pas !!), les acteurs trop beaux (alors que dans la vraie vie, les moches aussi ont le droit de rêver et de s'aimer !), la bande son efficace qui envahit votre esprit durablement après la séance...

Mais alors, pourquoi devriez-vous aller voir ce film ? Pour des tonnes d'excellentes raisons :

- la bande son est juste PARFAITE de bout en bout !

- Ryan Gosling et Emma Stone forment un couple qui fonctionne vraiment bien à l'écran et en plus, ils chantent, ils dansent et ils font des claquettes ! Emma Stone est fraîche, gracieuse, élégante. Et elle met des robes et des talons hauts, que demande le peuple !

- Ryan Gosling a appris à jouer du piano pour le film, et il est franchement bon. C'est une belle performance d'avoir atteint un tel niveau en quelques mois de pratique.

- Ryan Gosling, à lui tout seul, est une excellente raison d'aller voir ce film. Ryan Gosling, le gendre idéal, le mec beau, lisse, trop propre sur lui pour être honnête. Tout ce que je déteste ! Et là, dans ce film et dans ce rôle, j'arrive à lui trouver plein de qualités que je n'avais jamais remarquées dans ses autres films (note pour mes lectrices : il a des fesses parfaites dans la scène de claquettes). J'adore sa voix chaude et sensuelle dans "City of Stars"...Ah la la, je ne m'en remets pas !

- même les petites filles de 3 ans et 4 mois aiment Ryan Gosling. J'ai montré à ma fille la scène des claquettes et elle a dit : "Il est beau lui, elle est belle elle". Et ma fille, ses références, ce sont les princes et les princesses Disney, alors on peut se fier à son goût très sûr. (Elle a ajouté : "Maman elle est belle, moi je suis un beau bébé"...). Ma fille s'amuse à imiter Emma Stone qui croise et décroise les jambes pour changer de chaussures et elle tente même de faire quelques pas de danse. Je vous le dis, ce film est enivrant, tous publics confondus !!

- le film est extrêmement original par sa photographie somptueuse et par l'atmosphère que le réalisateur a réussi à restituer, avec cette lumière si particulière à la Californie. L'esthétique est remarquable de bout en bout. Le réalisateur joue sur les couleurs et la musique pour symboliser le passage du rêve aux désillusions. Les couleurs vives du début du film deviennent plus conventionnelles au fil du film et les chansons enjouées disparaissent pour laisser place à des ballades mélancoliques. Certaines images m'ont fait penser à des tableaux impressionnistes. C'est bien plus qu'un film, c'est vraiment de l'art.

- le film vous parlera d'amour, de rêves, des sacrifices et des choix que l'on doit tous faire dans nos vies. Il vous fera réfléchir sur celui ou celle que vous voulez vraiment être et vous fera peut-être éprouver des regrets sur les voies que vous n'avez pas suivies à certains moments de votre vie.

- il n'y a aucune scène de sexe dans tout le film !!! C'est suffisamment rare dans un film de nos jours et cela lui confère un charme un peu désuet.

- en parlant de charme désuet, on remarque que les personnages principaux utilisent rarement les téléphones portables. Quand Sebastian part en tournée, il aurait pu faire un Skype avec Mia...Que nenni ! Il ne manquerait plus que les pigeons voyageurs pour qu'ils se donnent des nouvelles ! C'est un peu comme si le réalisateur avait peur de faire un anachronisme en mettant un téléphone portable dans un univers qui n'est pas le sien.

- depuis dimanche, je ne pense qu'à ce film. J'écoute la bande son en boucle en voiture, au travail, à la maison. J'ai même commencé à regarder les partitions des morceaux de piano. Mes voisins vont me maudire quand je vais ressortir mon bon vieux synthé Casio...ça doit faire presque 15 ans que je n'ai pas joué (et j'étais d'un niveau débutant)...Quand je m'inscrirai à des cours de claquettes, on pourra dire que je suis fichue ! Je crois que c'est la première fois qu'un film m'imprégne pendant plusieurs jours, donc il doit bien avoir un petit truc en plus.

- le film m'a plu alors que je suis hyper difficile, alors franchement je ne vois pas de meilleure raison d'aller le voir !

Courez, courez, courez voir "La La Land" !

Ecrit par C-C, le Jeudi 23 Février 2017, 21:30 dans la rubrique Jour après jour.